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Tour des glaciers de la Vanoise
(Troisième Jour)

Le cirque du grand marchet Cascades du cirque du grand marchet

- Distance : 27 kilomètres
- Dénivelé positif : 2628 mètres
- Dénivelé négatif : 2825 mètres
- Durée : 12 heures
- Lieux principaux : Refuge de la Vanoise, Col du grand Marchet, cirque du Grand Marchet, refuge de la Valette, Col d'Aussois, refuge du Fond d'Aussois

Le réveil sonne à 4h30. Dehors, il fait encore nuit. Nous prenons délicatement nos affaires pour ne pas réveiller notre chambrée. Le jour pointe doucement sur la Grande Casse, donnant des couleurs magnifiques sur le glacier. Un rapide petit dej', arrive 6h00 et le départ pour l'étape reine de notre boucle. Nous avons tablé sur 12h (pauses comprises) de marche pour atteindre le refuge de Fond d'Aussois sur les coups de 18h00.
La journée est magnifique. Pas un nuage ne vient troubler le levé du soleil. Nous nous détachons de nouveau du G.R pour descendre jusqu'au Morion. Nous ne savons encore pas si nous prenons ensuite le sentier escarpé menant au Grand Marchet (paraît-il difficile d'accès sans un minimum d'équipement) ou si nous descendons dans la forêt dominant Pralognan la Vanoise.
Après en avoir aperçu le chemin, nous optons pour la première solution. La montée est raide et usante, nous croisons un chamois mais impossible de le prendre en photo car trop rapide à grimper les éboulis. L'arrivée au col du Grand Marchet est en vue et ça vaut vraiment la peine de se fatiguer les jambes : nous surplombons un grand cirque de quelques 500m de hauteur. A notre droite, quatre gigantesques cascades crachent leurs gerbes d'eau dans ce cratère dont le fond humide permet à la verdure de s'exposer fièrement entre les différents ruisseaux. Et tout ce décor semble se déverser dans la vallée.
Un peu de descente tranquillou jusqu'en bas du cirque et on rattaque l'ascension pour atteindre le refuge qui nous servira de halte pour la pause repas. La chaleur est étouffante, seuls quelques nuages se forment sur les sommets annonçant, sans doute, des orages pour le début de la soirée. Un petit passage au pied du cirque du Petit Marchet, une petite vue sur les glaciers et nous voilà au refuge à 10h45. On fait sécher les Tee Shirt, on met un peu de crème solaire, une bonne omelette savoyarde (oeufs, lardons, pommes de terre). La pause dure une bonne heure, histoire de reprendre des forces pour une après midi qui s'annonce difficile. Le refuge est de toute beauté et le décor environnant est magnifique : glacier, lacs, falaises, tout simplement génial tout ça.

Et de nouveau de la descente en vallée, histoire de reposer les jambes. En dessous de nous, le GR qui serpente jusqu'à l'horizon et le col de Chaviere. La chaleur est étouffante, et le plafond nuageux s'épaissit. Avec mon frère, on soutient un rythme élevé et régulier. On attaque maintenant la montée du glacier du Génépi. La côte n'est pas pentue, mais par contre, elle est très longue, l'effort est donc important. Nous passons juste en dessous du glacier pour passer à la vallée suivante où nous souhaitons faire une pause goûter avant d'entamer la dernière partie de l'étape. En chemin, à notre grande surprise, nous croisons un chamois à quelques mètres de nous, lui aussi semble surpris d'ailleurs.
Finalement, à 16h15, on arrive au chalet pour notre casse croûte. Le ciel est toujours menaçant et le refuge est annoncé à 2h30 de notre lieu de goûter. Devant nous se dresse le dernier obstacle de notre journée : le col d'Aussois qui nous fait grimper de 2200 à 2916m d'altitude ! Après, il ne nous restera plus qu'à redescendre sur le refuge. Petite pause de 30min pour aérer les pieds et prendre des forces pour le final. Le sentier démarre tout de suite par de la grosse montée. Vu l'état du ciel, on décide avec mon frère, de repérer des lieus susceptibles de nous protéger en cas d'averses sur la montée.
Le col paraît tellement loin, au dessus de nos yeux, la montée est extrêmement dure et notre rythme n'est plus aussi rapide que le matin. A la moitié de l'ascension environ, nous repérons un énorme bloc rocheux qui recouvre un espace suffisant pour nous protéger le temps de la pluie. A peine le temps d'en discuter que les premières gouttes apparaissent. Pas question de poursuivre dans les éboulis en cas de pluie, nous faisons donc une halte sous le caillou. Hélas, la pause va être plus longue que prévue.

Après quelques minutes à observer le ciel, les premiers éclairs éclatent sur le glacier en face de nous, la pluie redouble de violence. Je remarque qu'à droite de la pierre qui nous abrite, un petit ruisseau s'écoule tranquillement. Je me dis, à ce moment là, que nous sommes suffisamment au dessus de ce ruisseau pour être en sécurité. Mais nous allons vite comprendre ce qu'est un orage de montagne : la pluie laisse place à la grêle, en quelques minutes, à peine, le sol est blanc, comme recouvert par la neige, les éclairs frappent de toutes parts. Et le ruisseau que j'avais remarqué crache maintenant une quantité d'eau impressionnante pouvant même déplacer des cailloux plus gros que le poing. L'humidité est partout et le ruisseau commence à s'infiltrer sous le caillou. Nous voilà complètement bloqués avec les orages partout et l'eau qui continue à monter au fur et à mesure. Nous devons faire face à un nouveau soucis : la température a beaucoup baissée pour atteindre les 5°C. Il nous faut à tout prix partir de ce rocher car nous ne tiendrions pas la nuit dans ce froid.
Nous décidons donc, avec mon frère, d'attendre la prochaine accalmie et de tenter de rejoindre le chalet où nous avons goûtés. Cette éclaircie arrive au bout de 2h30 ! Autour de nous, tout n'est que ruisseaux, nous entamons la redescente, nos pieds sont rapidement détrempés par cette eau froide. Mais vraiment pas de chance pour nous, avec les jumelles nous constatons que le pont qui était le seul accès au chalet, était sous les eaux. Plus de choix possibles, il ne reste plus que le col pour atteindre le refuge. La montée est horrible, je n'ai plus de forces, mon frère est devant, luttant dans les ruisseaux pour trouver le sentier grâce aux Kerns. Tout les deux ou trois pas, je glisse dans cette boue formée par les coulées d'eaux. C'est bien la première fois de ma vie que souffre autant physiquement et mentalement. Après une demi-heure qui m'aura parue plusieurs heures, nous atteignons le col, mais le danger n'est pas écarté. Nous devons effectuer la même opération dans une descente de 600m de dénivelé au milieu des torrents créés par l'orage. Mais nous ne nous posons aucune question. Notre seule obsession est de trouver les Kerns, seul moyen de trouver le chemin. Je ne sens même plus la fatigue : il faut arriver au refuge et la nuit est entrain de tomber.
Tout les ponts ont été emportés par les eaux, il faut traverser les jambes dans l'eau. Au loin, les éclairs se font de nouveau inviter au menu. Après 1h30 d'efforts sous l'orage, nous atteignons enfin notre objectif, le refuge de Fond d'Aussois. Le gardien nous accueille chaleureusement, il est déjà 22h00. Nous prenons les dernières affaires sèches que nous avons pu rassembler dans un sac-à-dos. Nous sommes exténués, malgré l'heure tardive, nos hôtes nous préparent gentillement une soupe et un chocolat chaud. De toute façon, nous n'avons faim ni l'un, ni l'autre, trop remués par ce qui vient de se passer. Il est temps d'aller dormir.

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